J’ai testé l’A380 d’Air France


La semaine dernière j’ai eu la chance de me retrouver à bord du premier A380 reçu par Air France. L’occasion de partager mes premières impressions par rapport à cet appareil tant attendu.

Le contexte

Ironie de l’histoire, j’avais refusé un mois plus tôt les places à prix  imbattables sur le vol inaugural qu’on m’avait proposé, ne pensant pas avoir le temps de me permettre une escapade New-Yorkaise ce week end là alors que j’aurais vraiment aimé être sur le vol inaugural. Finalement je me retrouve à m’organiser un week end de dernière minute quelques jours avant le départ et je me rend compte que le 380 est “disponible” pour le vol de retour. Aller en 777-300 et retout en 380 donc. Déception d’avoir raté le vol inaugural mais, comme nous faisait remarquer le personnel de bord, il s’agissait du 1er New-York-Paris vraiment “régulier” donc une petite première quand même.

Cela s’est largement ressenti dans l’ambiance à bord. Entre les passagers qui examinaient minutieusement l’appareil et les navigant chez qui on sentait une certaine fierté d’être là, de faire partie de cette aventure. Festival de photos, de vidéos, le tout dans une ambiance souriante et bon enfant.

Premier contact visuel

Le 1er A380 Air France a JFK après son vol inauguralBien sur on a tous vu l’A380 sur les nombreuses photos et vidéos qui trainent sur le net. J’avais eu l’occasion de l’apercevoir de 3/4 arrière en me posant à JFK le vendredi alors que lui venait d’achever son vol inaugural. Il faut vraiment le voir à coté d’un autre appareil pour mesurer son gigantisme. Le fait que sa silhouette soit largement héritée du reste de la gamme A3xx ne lui permet pas en effet de se distinguer par un esthétisme particulier comme le 747 l’a fait avant lui. Point fort : il a l’air relativement compact, avec des lignes plutôt tendues, surprenant en raison de sa taille. Point faible : il attire l’oeil par sa taille, pas par son style. Le 747, le Concorde, voire le futur 787 sont des avions qui amènent une certaine rupture au niveau des lignes. Rien de cela ici.

Sentiment confirmé lors de l’embarquement le lundi soir : dans la nuit, enchevêtré dans les passerelles, l’A380 n’a que l’avantAir France A380 ready for boarding - 1st regular flight to Paris de son fuselage à nous offrir. Et à part les dimensions et le fait se “savoir” ce qu’il y a derrière, on est loin de la majesté d’un 747. On croirait plutôt un 340 qui aurais une grosse bosse sur le haut de crâne. Ou un A300-600ST (plus connu sous le nom de Beluga) qu’on aurait raboté. Pour le coté “gueule de star” on repassera. En fait, comme j’en ai eu la confirmation au débarquement à Roissy, on ne saisit sa beauté que de face et de loin, notamment au niveau du dessin des ailes. Remarquables. Pour être impressionné par la beauté de l’engin rien ne sert de s’en approcher de trop près donc, autant l’admirer de loin. Ca n’est donc pas en tant que passager qu’on a l’occasion d’en faire les plus belles photos. Mais il y a assez de matière disponible sur le net pour satArrivée à Paris CDGisfaire tout le monde.

Voilà pour le coté “visuel”. Bien sur il n’y a pas que cela qui compte mais nul ne niera que lorsqu’un tel appareil arrive sur le marché tout le monde se demande quel effet il fait “en vrai” et  s’il a le charisme qui sied à son rang.

Embarquement

Lorsqu’on connait les joies de l’embarquement sur certains gros porteurs et dans certains aéroports on peut craindre qu’avec une telle quantité de passagers on frise la catastrophe. Je n’ai pas vu le dispositif d’embarquement de CDG mais voici l’expérience JFK. Beaucoup, beaucoup de monde au niveau de la porte d’embarquement : entre les passagers et les curieux qui embarquent sur d’autres vols mais veulent voir “la bête”, il y a foule. D’ailleurs je devrais dire “les portes” puisqu’une porte d’embarquement est dédiée à chaque pont de l’appareil. Avantage : on ne doit pas mettre plus de temps qu’avec un long courrier normal. Et ce fut le cas. Remarquez qu’Air France a choisi une configuration de 500 et quelques sièges. Je suis curieux de voir ce que cela donnera avec des configurations à plus de 800 sièges que commencent à demander certaines compagnies low-cost. Bref cela se passe bien et vite et de toute manière je ne m’attarde pas : je profite de mon statut “elite +” pour griller la politesse à tout le monde et rentrer dans les premiers dans la cabine afin d’en profiter un peu au calme sans trop de monde autours.

Premières impressions dans la cabine

Pas de folie pour ce vol : c’est la classe éco (“Voyageur”) que j’ai testé. La business attendra. Ce qui m’a permis également deLa première tester les conditions de voyage de 80% des passagers. Inutile de préciser que tout est propre et que ça sent le neuf. C’est le moins qu’on puisse demander à un avion qui n’effectue que sa 4e traversée de l’Atlantique. Je suis placé siège 12C, ce qui est dans la configuration retenue par Air France un des premiers rangs derrière la “Première”, tout à l’avant de l’avion, au pont inférieur. Pour info la business, quant à elle, prend une grande partie du pont supérieur. L’occasion de traverser la fameuse “première” et de rêver un peu.

La première chose que l’on ressent est une vraie impression d’espace. Et ce dès qu’on passe la porte de l’appareil. Fini l’impression de traverser une cuisine pour accéder sa place : on a presque l’impression d’être accueilli dans un vrai hall, avec le grand escalier qui mène à l’étage supérieur (rien à voir avec le ridicule escalier qui permet l’accès au pont supérieur d’un 747..). Cela est vrai à l’entrée de l’appareil, en “première” Inside the A380bien sur mais également en éco. On respire, on se sent au large, que ce soit en hauteur comme en largeur.

On nous a promis de la place en plus, on l’a. Maintenant si c’est le cas de manière tellement visible sur les “espaces communs”, faute de me promener avec un double décimètre j’en suis réduit à me fier à mon impression pour les sièges avec un risque de biais évident : soit être trompé par le sentiment global de confort soit au contraire attendre trop de ce nouvel appareil.

Je ne pense pas qu’on ait gagné quoi que ce soit en largeur sur les sièges. Et s’il y a un gain au niveau des jambes il n’est pas monumental par rapport au 777 que j’avais à l’aller. D’un autre coté je me fie à mon seul critère : savoir si j’ai les genoux qui cognent dans le siège de devaBeaucoup d'espace entre siège et hublotnt et si je peux allonger mes jambes sous le siège de devant. Aucun soucis ici (pour info je fais 1m88). Je me demande par contre si les allées n’ont pas un peu rétréci… peu importe. Autre chose remarquable : l’espace entre le siège coté hublot et le hublot lui-même. Certainement en raison de la courbure de la carlingue à cet endroit (comme sur le pont sup’ du 747), c’est rééllement impressionnant. Qui a l’habitude, comme moi, de demander des hublots pour avoir quelque chose sur quoi s’appuyer pour dormir va devoir faire quelques contorsions et adopter une position plus inclinée. En tout cas là encore on se sent moins confiné.

Quoi qu’il en soit (et c’est le moins qu’on pouvait attendre) rien à voir avec l’indigence des cabines des 747 opérés par Air France et dont l’arrivée du 380 va permettre le remplacement progressif. Tant mieux car ils sont véritablement indignes d’une compagnie digne de ce nom, tant au niveau de la configuration de la cabine que des équipements de distraction en vol (essayez un Paris-San Francisco de 14h sans écran individuel et vidéo on demand, avec le siège de votre voisin de devant dans les genoux et on en reparle…).

Un seul regret, l’absence de cabine “voyageur premium”. Logique : elle a été conçue après qu’ait été arrêtée la configuration des premiers A380. Il faudra donc attendre le 4e ou le 5e A380 pour voir la premium voyageur dans le super-jumbo….et le passage des premiers à leur première grande visite d’entretien pour les voir s’en voir adjoindre une.

Bonne nouvelle coté Business : les sièges sont par blocs de 2 et non plus 3 dans l’allée centrale. Désormais on a soit une allée soit un hublot mais fini la position inconfortable de la personne coincée “au milieu”. Des petits riens qui font toute la différence.

En vol

Passons aux choses sérieuses. Séquence classique de préparation au décollage…test moteurs…et on se rend compte…qu’on entend pas grand chose. Et encore suis-je assez près des moteurs. Autant vous dire qu’à d’autres endroits de la cabine voire sur le pont supérieur on ne dois rien entendre. Même impression au décollage : un bruit très étouffé, quasiment pas de vibration et, qui plus est, un décollage très court. Réellement impressionnant, comme le sera l’ensemble du vol. Une sensation encore jamais ressentie à ce point de voyager dans un silence quasi-absolu, d’être dans une bulle de coton.

En un mot : silence et douceur.

Ensuite viennent les détails…toutes ces choses qui ne sautent pas aux yeux et dont on ne se rend compte qu’à la longue. Tout Changing lights in the cabind’abord les différentes ambiances lumineuses qui font qu’on a pas le choix entre l’éclairage blanc violent et le noir absolu. Avec des éclairages qui varient au fil du temps, fini les réveils agressifs après un vol de nuit, et adieu l’éclairage “cantine” à l’heure du diner. En plus d’ajouter au confort c’est tout simplement joli, et ça participe indubitablement à l’ambiance feutrée de la cabine.

Le bruit on en a déjà parlé. La qualité de l’air également : moins sec, plus agréable. Imperceptible sur le moment mais cela fait partie des petites choses qui au fil des heures font qu’on sent que ce n’est pas un vol comme les autres. Les porteurs de lentilles (dont je suis) apprécieront doublement.

Je n’ai pu expérimenter les bars de la première ni de la business, mais même coté éco un grand effort a été fait. Fini le gobelet avalé à la hate en squattant dans le chemin : les galleys et l’espace avoisinant sont suffisamment spacieux pour qu’on puisse rester se dégourdir les jambes, ne pas avoir l’impression de bloquer l’allée…

Le système de distraction en vol ensuite. Des écrans plus grand qu’à l’accoutumée (donc cela se fait au détriment de la Inflight entertainment systemprofondeur de la tablette…qui au moins ne vous rentrera pas dans les jambes lorsque votre voisin de devant basculera son siège), le très classique système de vidéo on demand que l’on retrouve désormais partout (sauf sur le 747…décidémment celui-ci je lui en veux), la possibilité de télécharger des données via un port USB (peux mieux faire quant à la diversité et à l’intérêt des contenus téléchargeable) et, la nouveauté, un système de tchat interne. On peut participer dans des salles déjà ouvertes, créer la sienne, voire échanger en privé avec un autre passager. J’avais trop envie de dormir pour trop m’y essayer mais je suis curieux de voir les usages qui vont se développer (ou pas) avec ce type d’outils. D’ici à que des postes de “inflight community managers” voient le jour…

Et pour finir, déjà vu ailleurs mais toujours agréable, 3 caméras, une dans la queue, une dans le nez, une en dessous, pour suivre son voyage. Ici le décollage sur NYC vu depuis la caméra de queue (autre utilité : elles servent au pilote pour manoeuvrer l’engin sur le tarmac des aéroports).
Taking off over NYC

Conclusions

Forcément positives en termes de confort de voyage. En suite il y a des facteurs propres à l’aménagement voulu par chaque compagnie. L’380 peut donner lieu aux aménagements les plus exceptionnels pour qui veut comme se tranformer en bétaillère dans une configuration à plus de 800 passagers. Air France à chois une voie médiane, sage, en améliorant par petites touches ce qu’on trouve sur ses autres appareils. Sans parler de ce que nous ne voyons pas mais qui améliore sans doute la vie des PNC à bord.

Tout juste peut on regretter sur ces premiers appareils l’absence de la fort pratique classe “premium voyageur”, juste compromis entre la business et l’éco…mais c’est prévu pour bientôt.

Finalement c’est certainement un appareil qui fera merveille sur un Paris-NYC pour des raisons de contenance (et de prestige) mais qu’on savourera certainement encore plus sur des destinations plus lointaines, lorsque le cap des 9/10h fait qu’un rien devient une source d’inconfort. Et les 777 ou A330 qu’il remplacera sur certaines lignes trouveront utilement leur place en remplacement des 747 qui n’attendent que cela pour quitter la flotte. Et faute d’une cabine améliorée, il ne nous manqueront pas.

Et comme rien ne vaut des images “pros”, on se quitte avec la pub officielle. Au délà des images, l’occasion de découvrir “The world can be your” de Telepopmusik, indisponible à vente mais trouvable ça et là sur le net (en réponse à la question tant de fois attendue chez mes amis Frequent Flyers  “mais c’est quoi la nouvelle musique dans la cabine”).

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  • schuey
    wow super merci pour ce récit bien complet.
  • Oh, toi mon ami, tu vas être linké dans Now Boarding :-)

    Excellent billet :-)
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